Nouvelles

Bonjour et merci de lire ce blog.
A partir de septembre, je séjournerai pendant deux mois au Japon. Durant cette période, ce « Blog d'une Japonaise en Belgique » sera donc « Le blog d'une Japonaise au Japon »... pas très original... Mais j'espère pouvoir continuer ce blog en direct de là-bas afin d'y ajouter des images de mes voyages.
A bientôt.

Présentation

A propos de moi ...

Bienvenue


Après avoir fini mes études universitaires à Tokyo, métropole sans doute la plus effervescente du monde, monstre en perpétuelle transformation, je vis depuis 12 ans dans cette vieille Europe. D'abord 7 ans à Paris (dans les 5ème et 12ème arrondissements) où j'ai poursuivi mes études universitaires supplémentaires à Paris IV. Et depuis 5 ans, en Belgique : 3 ans à Bruxelles, capitale dynamique belge et européenne d'une complexité incroyable qui constitue un véritable lieu d'affrontement des intérêts communautaires du pays... Enfin il y a 2 ans, j'ai emménagé dans une ville historique wallonne à 20 minutes de Lille et à 1 heure de Bruxelles : Tournai. A présent, après tant d'années passées dans des métropoles (Tokyo, Paris, Bruxelles), j'habite cette petite commune frontalière dont j'ignorais encore l'existence lorsque je vivais à Paris.

La Belgique, la France et le Japon. Ces pays qui semblent bien trop différents pour cohabiter chez une seule personne, sont pourtant aujourd'hui en moi en permanence surréalistement imbriqués. Ce blog, je ne l'écris pas forcément en tant que Japonaise vivant en Europe. Il n'a donc pas pour but de comparer systématiquement les différences entre l'Occident et le Japon, mais de montrer tout simplement mes impressions du moment ou du passé, ressenties au contact de multiples choses que ce soit en Belgique, en France, au Japon ou ailleurs. Dans ces impressions, j'essaie de puiser des clés pour vivre toujours plus sereine.


Un supplément pour ceux qui connaissent la « langue de Mishima » : les billets seront postés simultanément dans un autre blog, version japonaise de celui-ci. Il est possible que les détails de ces deux versions (française et japonaise) ne soient pas identiques, vu la différence culturelle, de mentalité et de connaissances préalables de ceux qui les liront.


Merci d'avoir lu jusque là !
A bientôt, j'espère !


Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /Août /2009 13:25


Le Cap Blanc-Nez, la falaise la plus septentrionale de France, est sans doute l'un des coins les plus beaux du Pas-de-Calais, à trois pas de la Belgique. Laissez tomber l'autoroute entre Calais et Boulogne et roulez sur la Nationale D940 dans le Parc Naturel Régional ! On sera très vite entouré des pâturages de la Côte d'Opale, des dunes couvertes d'arbrisseaux et des belles courbes des collines dessinées autour des caps... Avec des paysages aussi variés, 40km ne paraissent jamais longs. C'est donc une bonne idée de s'arrêter au Cap Blanc-Nez situé sur cette même route. A partir de là, on peut faire une randonnée de 12km environ au bord de la mer, très facile mais vraiment superbe.

Le soleil tape fort sur le détroit du Pas de Calais. La vue depuis le cap est bien unique : ligne blanchâtre très nette des côtes anglaises en face, douces ondulations des collines du Boulonnais à l'est et pelouses calcaires tout autour... En voyant des terres cultivées qui s'enchaînent le long de la côte, on descend jusqu'à la plage bordée des falaises escarpées, constituées de roches sédimentaires. Roches de craie, exactement comme les falaises blanches de Douvres d'en face.


On se dirige vers Wissant, village situé à 6 km seulement de là. La marche se fait sur la plage pour l'aller, et sur la falaise pour le retour. En s'éloignant du cap, la vue sur celui-ci devient de plus en plus imprenable et on peut l'apercevoir dans son intégralité. C'est magnifique. Ce site constitue le fleuron des paysages de la région. En le comparant à un autre cap tout proche, appelé le Gris-Nez, la beauté du Blanc-Nez est particulièrement captivante. D'ailleurs j'apprends que sa dénomination d'origine n'était pas celle d'aujourd'hui, mais le « Blannest », nom composé du « Blanc » (couleur) et du « ness » qui signifie, en vieil anglais, promontoire.


Des traces de pattes d'oiseaux marins se promènent par-ci par-là entre les jolis pierres et coquillages... La plage est beaucoup plus calme que celle de Boulogne. Lorsque le Blanc-Nez se cache derrière la falaise et le Gris-Nez s'approche, on aperçoit le village de Wissant. C'est par là que l'on peut passer au-dessus de la falaise afin de poursuivre notre itinéraire en quittant la plage et en engageant le chemin de retour dans un autre paysage pittoresque.


Des pâturages s'étendent sur les rochers du calcaire. L'orange des toits du hameau s'accentue sur la verdure de la prairie. Ce type de paysage me rappelle un peu la lande de l'Irlande que j'ai tant aimée lors de mon séjour dans ce pays il y a quelques années. Le ciel aussi bien que la mer sont d'un bleu pur en ce jour. Les ferries Calais-Douvres, traversant sans arrêts le détroit, jettent leur silhouette blanche sur l'indigo de l'eau...





Après avoir marché un petit moment le long des herbages, des bunkers de la Seconde Guerre mondiale apparaissent soudainement devant nos yeux. En fait, dans cette région, on voit parfois des traces de guerre tout comme ici. Aussi, il paraît que le monument en forme d'obélisque, se dressant au sommet du Cap Blanc-Nez, est dédié aux soldats français et britanniques ayant défendu le détroit. Des cratères de bombes existent encore dans les environs et ne font pousser que certaines espèces de plantes seulement. Séquelles de guerre encore visibles, mais la nature fait tout de même son travail afin de les décomposer petit à petit ...

Depuis le pied du cap, on remonte d'un seul trait jusqu'au sommet. Cette dernière montée est assez fatigante, mais ça vaut vraiment la peine de faire cet aller-retour. Ce coteau calcaire composé de plantes si variées est sans doute un des charmes du littoral du nord. Le tapis végétal se prolonge jusqu'à l'extrémité de la falaise, empreint de la douce vitalité de la flore. Le vent fort bat contre la terre semant le parfum estival des herbes aromatiques sauvages sur ce paysage sec.


C'est bientôt la fin de la saison des floraisons. Aujourd'hui, les fleurs presque déteintes de l'été projettent leur dernière lueur sur ce sol blanc, sous les cris insistants des mouettes. Avec ou sans soleil, le site est toujours enchanteur. Le Cap Blanc-Nez, cap parfumé par l'origan et le thym, s'imprègne d'une luminosité typique du nord. Douce, calme et agréablement triste...



Par Mitsuru
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Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /Août /2009 15:52


Une rue escalier grimpe dur la pente tout près de la plage de Boulogne. C'est la Rue du Mâchicoulis dont le charme pittoresque a attiré jadis de nombreux artistes, entre autres Charles Dickens qui passa trois étés dans cette ville maritime. La petite paroisse que les Boulonnais appelaient « La Beurière » s'animait autour de ce chemin. Un peu reculés dans la falaise, des matelots, des pêcheurs et leurs femmes et enfants, soit 1/3 de la population boulonnaise, y habitaient entassés dans des maisons minuscules. Topographie accidentée peu pratique pour vivre... Mais le quartier bénéficiait de la proximité d'une anse qui formait un petit port naturel.



Presque tout le quartier ayant été détruit lors de la Seconde Guerre mondiale, les habitants d'aujourd'hui ne sont plus les descendants de ces familles de matelots. « La maison de la Beurière » que je visite, l'une des rares miraculées ayant survécu aux 487 bombardements, est donc le dernier témoin de la tradition maritime populaire boulonnaise. Dès que je franchis la porte d'entrée, un peu difficile à ouvrir, s'étend un espace modeste dépourvu de tout superflu.



Cet authentique logement de pêcheur construit en 1870 est tellement petit que, depuis le seuil, je vois déjà tout le rez-de-chaussée où vivait une famille composée des parents et de leurs enfants. Les étages étant occupés par d'autres familles, il y avait presque 11 personnes cohabitant dans cette maisonnette. Chaque famille ne disposait que de deux pièces, celle de devant, servant à la fois de salon et de chambre, et celle du fond, une sorte de « cuisine - salle à manger - chambre d'enfants »... Les objets quotidiens sont du strict nécessaire, 100 % utilitaires. Et les enfants dormaient dans le placard de la cuisine !

 


Dans un espace aussi exigu, la cohabitation de plusieurs familles paraît difficilement praticable aujourd'hui ... Mais pourtant c'était tout à fait faisable à l'époque, car ici la maison était le domaine des femmes et des enfants, les matelots s'absentant presque 300 jours par an... On y trouve une armoire en acajou bien entretenue, le mur tapissé de papier peint, jauni et plein de charme, dont on ne trouve plus aujourd'hui le motif, ainsi qu'un poêle belge destiné à la fois à chauffer et éclairer la pièce... Tout ce mobilier n'est pas de grand luxe, mais leur bon état montre qu'il était utilisé avec soin. La maisonnette reflète la mentalité de ce quartier à l'époque. Bien que la décoration est quasi inexistante, des objets religieux sont installés par-ci par-là... La croyance occupait une place primordiale dans la vie des marins-pêcheurs liée au perpétuel danger de la mer. D'ailleurs, les Boulonnais inscrivaient les noms des victimes des naufrages dans le cloître du Calvaire.


En réalité, pour les matelots qui passaient d'une mer à l'autre, la maison ne représentait qu'un lieu de passage, leur vrai foyer étant le bateau. Une fois à terre, ils allaient souvent à la buvette du port, justement afin de ne pas rester dans le milieu de leur épouse... Il arrivait aussi que même après la retraite, les marins-pêcheurs continuaient à travailler pour s'éloigner encore de leur domicile... Cette histoire me rappelle quelque peu l'actuel crise de retraités vécus par certains Japonais d'âge mûr (Le mari et l'épouse n'ayant pas partagé beaucoup de leur temps jusqu'à la retraite, ils se découvrent soudainement étrangers l'un à l'autre ...).



A la Beurière, les gens vivaient pour survivre. La vie était ainsi pour tout le monde, entre les étagères du placard, à travers les filets de pêche suspendus partout ou autour de la fontaine qui constituait le centre de sociabilité... A la différence de la haute ville bourgeoise, calme et inodore, ce quartier était constamment entouré de toute sorte de bruits d'activité et imprégné de l'odeur, celle de poisson, de mer ou de vie tout simplement. Les enfants arpentaient les rues escalier omniprésentes dans ce hameau et dès leur très jeune âge, ils apercevaient le va-et-vient des bateaux de pêche depuis la falaise avoisinante.


Sous le soleil brûlant, nous grimpons sur cette même falaise jusqu'au Calvaire, empruntant une rue sinueuse entre les maisons relativement neuves. A l'arrivée au sommet, la vue se dégage et apparaît le Jésus en croix se dressant sur le point culminant de la colline. Les noms gravés dans le cloître sont innombrables... De l'autre côté de la Manche, on aperçoit la rive blanche de l'Angleterre. Cette vue imprenable et splendide était sans doute la plus belle ayant appartenu à la Beurière, quartier disparu où les bruits, l'odeur et les couleurs variaient selon l'humeur de la mer étendue sous les yeux...

 

 

Par Mitsuru
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Dimanche 9 août 2009 7 09 /08 /Août /2009 19:16


Boulogne sur Mer, reposant sur l'estuaire de la Liane, entrevoyait, dès l'antiquité, la chaîne blanche de falaise anglaise au-delà de la Manche. Cette cité portuaire, l'une des villes françaises les plus proches du Royaume-Uni, avait donc un lien très étroit et perpétuel avec l'Angleterre. Ce sont d'abord des Romains, avides de conquérir la Grande-Bretagne, qui y ont installé un port militaire. Puis, en 1544, la ville a subi au contraire la domination des Britanniques. Aussi, au début du XIXe siècle, Napoléon y a tenté sa chance en créant son camp militaire afin de débarquer de l'autre côté du détroit. Même si l'itinéraire Calais-Douvres est aujourd'hui la plus utilisée des traversées outre Manche, on peut également atteindre, à partir de Boulogne, la ville anglaise située à 40km à peine.



La plage qui côtoie les ports industriels et de pêche n'est certes pas la plus charmante du pays, mais en cette saison, la ville porte malgré tout une physionomie balnéaire, ambiance plutôt reposante du nord. Ici aussi, la cité a connu l'âge d'or au XIXe siècle grâce au boom des bains de mer. Sur ses photos et peintures anciennes, on remarque ces scènes pittoresques du bon vieux temps, haut-fond rempli des cabines tirées par des chevaux à l'heure du bain. Beaucoup de visiteurs anglais, mais aussi quelques Belges de temps en temps. Ce côté très accueillant vis-à-vis des étrangers est sans doute un des charmes de la ville. J'y ai passé moi aussi des moments très agréables.



La haute ville fortifiée au XIIIe siècle, qu'on atteint après avoir grimpé des rues populaires bordées de petits commerces, constitue le centre historique boulonnais. Il suffit de passer sous une des 4 portes des fortifications pour se trouver dans un paysage d'autrefois où courent des ruelles pavées autour de la petite place de l'hôtel de ville. Le beffroi est le reste d'un ancien château comtal du XIIe siècle et correspond à son donjon. Sur un coin de la muraille, se repose un autre château du XIIIe siècle entouré d'un petit fossé. Et au bout de la rue de Lille, rue principale, la basilique domine toute la ville. L'enceinte est assez petite. Depuis un recoin où j'atterris par hasard, je retrouve déjà la tête hexagonale du beffroi qui se superpose aux maisons étroites et hautes se serrant les unes contre les autres.



Ce quartier ancien est sans doute l'endroit vers lequel tous les touristes visitant Boulogne se rendraient. Mais plus que ce quartier, il y en a un autre qui m'a attirée très fortement. Il s'agit d'une petite paroisse qui n'existe plus aujourd'hui et jadis appelée La Beurière. C'est là que vivaient, entassés dans des maisonnettes, des marins de cette ville englobant le plus grand port de pêche français. Le quartier étant presque entièrement détruit par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, aujourd'hui on peut seulement voir les vestiges d'autrefois sur une rue escalier et quelques maisons qui y subsistent. Mais l'une d'entre elles est ouverte au public. C'est un point de départ idéal pour plonger un moment dans la vie populaire du passé en rapport direct avec la mer.

Il suffit d'un peu d'imagination pour avoir l'impression d'y entendre les cris perçants des enfants jouant sur les marches devant la maison, les appels animés du poissonnier qui passe proposer des moules, crabes et harengs tous les jours, et d'apercevoir, entre les mailles du filet suspendu sur la façade, un court moment à terre des matelots qui vivent, la plupart du temps, sur le bateau et le quotidien affairé de leur épouse... En fait, je peux dire que ce quartier inexistant est le lieu qui m'a le plus touchée à Boulogne. J'aimerais donc consacrer mon prochain billet à ses maisons, à sa rue escalier et surtout à la vie d'autrefois de cette terre que je viens de découvrir ...


Par Mitsuru - Communauté : ARCHITECTES D'INTERCOEURS
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Dimanche 19 juillet 2009 7 19 /07 /Juil /2009 21:41
 

Pressée par la date prochaine de clôture, je me suis enfin rendue à l'expo Kandinsky organisée actuellement au Centre Pompidou à Paris. L'accrochage chronologique d'une centaine de ses oeuvres crées entre 1907 et 1942 permet une approche assez complète de l'histoire de ses styles qui ne cessent d'évoluer. C'est passionnant. En suivant les pas et les changements psychologiques du peintre, du début jusqu'à la fin de sa carrière, on peut percevoir, dans ses couleurs et ses lignes, le reflet du courant de l'époque et des différents environnements dans lesquels il a vécu. Bravo les conservateurs du musée qui ont su mettre en valeur le ton de chaque période !



Tout d'abord, quelques tableaux de paysages, produits durant la période voyageuse de Kandinsky, où il séjourne partout en Europe et en Tunisie en compagnie de sa petite amie Gabriele Münter, peintre expressionniste. Après tant de voyages aux endroits aussi différents, c'est finalement un retour à l'origine, suggéré dans un air russe folklorique, qui sera sublimé dans ses créations importantes. Surtout « La vie mélangée », peinte en 1907 après leur arrivée à Paris, qui condense, au pied du Kremlin, de multiples aspects de la vie populaire de son pays. Cette toile semble renfermer la douce nostalgie de l'artiste dans une atmosphère idyllique d'autrefois et les couleurs lumineuses qui ressortent du fond sombre.



C'est ensuite une maison charmante achetée par Münter à Murnau, petite ville près de Munich, qui accompagnera toute son époque munichoise (1908-1914), suivant les longs et nombreux voyages. Maison au toit rouge se dressant sur une belle colline entourée de la nature bavaroise. En s'y installant, le peintre commence à s'activer intensément, notamment avec la formation du groupe « Le Cavalier bleu ». J'aimerais visiter un jour cette demeure de Münter ayant ainsi attiré de nombreux artistes et écrivains, entre-autres le compositeur Schönberg. Le style de Kandinsky est empreint du fauvisme et de l'expressionnisme, et immortalise, dans ces coloris vifs, les paysages de Murnau et d'une vie comblée. Progressivement, ses couleurs et ses lignes réclament leur indépendance, ce qui forme des éléments abstraits par-ci par-là. Pas encore vraiment les adieux définitifs aux objets, mais d'agréables mélanges du figuratif et de l'abstrait...



La période qui s'ensuit (1915-1921), traversée par la Première Guerre mondiale et la Révolution russe, est très mouvementée pour Kandinsky. L'éclatement de la guerre le ramène à sa patrie où sa productivité est en baisse considérable. L'époque est également marquée par sa séparation d'avec Münter, sa fiancée qui a accompagné son chemin pendant 14 ans. De décembre 1915 au 16 mars 1916, ils passent ensemble, pour la dernière fois, 3 mois à Stockholm. Puis de retour à Moscou, le peintre épouse Nina Andreievskaïa.

A travers ses oeuvres, on peut apercevoir que cette époque peu productive est tout de même accompagnée d'une évolution dans son style, dans lequel ses sensations sont peu à peu remplacées par une rationalité annonçant déjà ses tableaux géométriques à venir...
Mais ce que j'aime le plus ici, c'est l'une des peintures achevées à Stockholm où Kandinsky a accompagné Münter pour la dernière fois. Ce monde renfermé dans un cadre brun foncé, paysage ou mémoire vu par l'interstice, m'a tout de suite fascinée.



Après avoir quitté la Russie définitivement, Kandinsky se réinstalle en Allemagne où il enseignera longtemps au Bauhaus (1922-1933). Il partage la maison avec Paul Klee, son collègue et son ami de jeunesse. Là, le présage géométrique, déjà perçu dans sa période russe, devient de plus en plus certain, influencé par la tendance rationaliste de l'école. Surtout au début de cette période, ses oeuvres réalisées à Weimar, avec les formes (triangle, carré, cercle) et les couleurs primaires, aux lignes tracées à la règle et au compas, semblent témoigner de son aspiration à une loi absolue quasi scientifique. Probablement s'agit-il d'un reflet de l'époque où la systématisation d'une nouvelle construction artistique était si recherchée... Cela me rappelle très fortement ce qui s'est passé dans le domaine musical, le dodécaphonisme de Schönberg (1921), son contemporain.

J'ai déjà vu quelques uns des tableaux de ce temps à Düsseldorf il y a maintenant plus de dix ans. En les retrouvant cette fois-ci dans l'ordre chronologique, je me rends compte que ce sont les tableaux de Kandinsky que j'aime les moins, peut-être du fait de cette cohérence absolue recherchée.

Personnellement, je suis plus à l'aise avec ses peintures géométriques réalisées peu après, surtout à partir de la « Compostion VIII »(1923), avec plus d'irrégularité, gauchissements et souplesse.


Des trois formes primaires, le cercle est le favori de Kandinsky. Pour lui, le cercle est : « 1. la forme la plus modeste mais qui s'impose sans scrupule ; 2. précis mais inépuisablement variable ; 3. stable et instable en même temps ; 4. silencieux et sonore en même temps ; 5. une tension qui porte en elle d'innombrables tensions ».

Silence et tumulte. Ni haut, ni bas, ni droite ni gauche... Le cercle est fascinant. L'arrivée des cercles sur sa toile établit l'équilibre dans son abstraction...



Les dernières années de Kandinsky, chassé de l'Allemagne par l'avènement du nazisme, se déroulent de nouveau à Paris (1934-1944). Il passera ses derniers jours à Neuilly-sur-Seine.

Ses derniers tableaux, empreints de l'esprit de jeu, amusent beaucoup mes yeux. L'effet opaque et les coloris naturels, obtenus par un mélange de pigments et de sable, la vitalité des micro-organismes... Ses toiles sont peuplées par des petites créatures biomorphiques qui se superposent sur les lignes géométriques. Cette joie de vivre, sorte de jeu, entrevue dans une imperfection, est-elle le fruit d'une sagesse qu'un vieux peintre atteint après avoir traversé la quête de systématisation absolue 10 ans auparavant ? Ici je me rappelle les mots de Hokusai qui signait « le vieux fou de dessin » : « à l’âge de cent dix ans, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant », même si Kandinsky mourut âgé de 78 ans :-).


 

Par Mitsuru - Communauté : Utopia
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Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /Juil /2009 23:22
 

Dans la forêt matinale d'Eifel, Montjoie se réveille tranquillement encore entourée du brouillard et du silence. Cette petite ville allemande dans une vallée étroite se situe à peine à 5 km de la frontière belgo-allemande autour de laquelle s'étendent les prairies belges, «les Fagnes ». Au nord, se trouve la ville d'Aix-la-Chapelle, et les Pays-Bas ne sont plus loin. A l'heure où ses toits d'ardoise argentés commencent à s'illuminer au soleil du matin, Montjoie s'anime avec des touristes venant d'un peu partout qui se précipitent notamment autour des maisons à colombages s'immobilisant au bord de la Roer.



J'ai aimé me promener entre les vieilles maisons du XVIIIème siècle, dans un air frais juste avant ces heures d'animation. Les chants d'oiseaux, le murmure de la petite rivière..., la ville semble me dévoiler alors un peu plus son vrai visage... Malgré la localisation frontalière, ici à Montjoie, les bâtiments sont restés intacts pendant la Seconde Guerre mondiale. La ville préserve donc les paysages d'autrefois, féeriques et mignons. Mais on entrevoit une autre histoire, bien étrangère à cette féerie, quand on pense que ce lieu a été utilisé par les Nazis comme une des bases lors de la contre-offensive allemande de la « bataille des Ardennes »...




Le plateau des Hautes Fagnes belges, situé seulement à quelques kilomètres de là, est une vaste prairie que j'adore pour mes randonnées. Au sud, les Ardennes sont embrassées par des forêts merveilleuses et fréquentées par les vacanciers notamment pendant l'été. Mais il y a 65 ans, ces lieux étaient des théâtres de batailles sanglantes, Hitler, en tentant la dernière contre-offensive, les ayant impliqués dans la plus grande bataille de la Seconde Guerre mondiale entre les Allemands et les alliés...



Entre ce passé tragique non lointain et l'actuelle ouverture de la frontière belgo-allemande, devenue de nos jours si normale, je trouve que le progrès de la part de l'humanité est tout de même énorme malgré notre plainte sur la dégradation de la société d'aujourd'hui. Ouverture d'une fenêtre. Je l'évoque personnellement comme une image de paix et, si je savais dessiner, je peindrais volontiers une fenêtre ouverte pour représenter mon aspiration. La fenêtre, la frontière..., ce degré zéro est bel et bien là, mais en ouvrant son intérieur moite pour accueillir un vent frais, l'air passe et relie l'intérieur et l'extérieur. Si la Corée du Nord, aux volets clos, se trouve plus proche de la guerre actuellement, je pense que l'attitude de l'Europe, avec ses fenêtres ouvertes renonçant à son ressentiment de l'histoire, tend vers une direction pacifique, quitte à en payer un certain prix.



Bien sûr, on ne peut pas ouvrir la fenêtre dans n'importe quelle condition. Aussi, il est impossible d'acquérir la paix ou la liberté sans sacrifice. C'est pourquoi je pense qu'il est encore un peu prématuré d'évoquer cette même aération en Asie, les obstacles à franchir étant nombreux... Mais en même temps, il est vrai qu'il existe déjà un projet qui me fait rêver, « Le Tunnel sous-marin Japon-Corée », pour lequel je m'attend à ce que mon pays fasse un peu d'efforts ! (même si la paix de la Péninsule coréenne en est une condition majeure...)



Je reviens à Montjoie... dont l'une des spécialités traditionnelles est la moutarde succulente :-). Après avoir goûté quelques-uns des arômes différents proposés au magasin, nous nous sommes laissés tenter par la moutarde douce à la figue et par celle authentique et traditionnelle. Ces deux pots en céramique ont amené un peu d'air frais de Montjoie jusqu'à notre cuisine de Tournai. Un petit plaisir, glissé dans mon quotidien par une « fenêtre ouverte »... J'aimerais revisiter cette ville adorable au-delà de la frontière, quand ces pots de moutarde commencent à se vider...


 

Par Mitsuru - Communauté : Le Japon ordinaire
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