Le Cap Blanc-Nez, la falaise la plus septentrionale de France, est sans doute l'un des coins les plus beaux du Pas-de-Calais, à trois pas de la Belgique. Laissez tomber l'autoroute entre Calais
et Boulogne et roulez sur la Nationale D940 dans le Parc Naturel Régional ! On sera très vite entouré des pâturages de la Côte d'Opale, des dunes couvertes d'arbrisseaux et des belles courbes des
collines dessinées autour des caps... Avec des paysages aussi variés, 40km ne paraissent jamais longs. C'est donc une bonne idée de s'arrêter au Cap Blanc-Nez situé sur cette même route. A partir
de là, on peut faire une randonnée de 12km environ au bord de la mer, très facile mais vraiment superbe.
Le soleil tape fort sur le détroit du Pas de Calais. La vue depuis le cap est bien unique
: ligne blanchâtre très nette des côtes anglaises en face, douces ondulations des collines du Boulonnais à l'est et pelouses calcaires tout autour... En voyant des terres cultivées qui
s'enchaînent le long de la côte, on descend jusqu'à la plage bordée des falaises escarpées, constituées de roches sédimentaires. Roches de craie, exactement comme les falaises blanches de Douvres
d'en face.
On se dirige vers Wissant, village situé à 6 km seulement de là.
La marche se fait sur la plage pour l'aller, et sur la falaise pour le retour. En s'éloignant du cap, la vue sur celui-ci devient de plus en plus imprenable et on peut l'apercevoir dans son
intégralité. C'est magnifique. Ce site constitue le fleuron des paysages de la région. En le comparant à un autre cap tout proche, appelé le Gris-Nez, la beauté du Blanc-Nez est particulièrement
captivante. D'ailleurs j'apprends que sa dénomination d'origine n'était pas celle d'aujourd'hui, mais le « Blannest », nom composé du « Blanc » (couleur) et du
« ness » qui signifie, en vieil anglais, promontoire.
Des traces de pattes d'oiseaux marins se promènent par-ci par-là entre les jolis pierres
et coquillages... La plage est beaucoup plus calme que celle de Boulogne. Lorsque le Blanc-Nez se cache derrière la falaise et le Gris-Nez s'approche, on aperçoit le village de Wissant. C'est par
là que l'on peut passer au-dessus de la falaise afin de poursuivre notre itinéraire en quittant la plage et en engageant le chemin de retour dans un autre paysage
pittoresque.
Des pâturages s'étendent sur les rochers du calcaire. L'orange des
toits du hameau s'accentue sur la verdure de la prairie. Ce type de paysage me rappelle un peu la lande de l'Irlande que j'ai tant aimée lors de mon séjour dans ce pays il y a quelques années. Le
ciel aussi bien que la mer sont d'un bleu pur en ce jour. Les ferries Calais-Douvres, traversant sans arrêts le détroit, jettent leur silhouette blanche sur l'indigo de
l'eau...
Après avoir marché un petit moment le long des herbages, des
bunkers de la Seconde Guerre mondiale apparaissent soudainement devant nos yeux. En fait, dans cette région, on voit parfois des traces de guerre tout comme ici. Aussi, il paraît que le monument
en forme d'obélisque, se dressant au sommet du Cap Blanc-Nez, est dédié aux soldats français et britanniques ayant défendu le détroit. Des cratères de bombes existent encore dans les environs et
ne font pousser que certaines espèces de plantes seulement. Séquelles de guerre encore visibles, mais la nature fait tout de même son travail afin de les décomposer petit à petit ...
Depuis le pied du cap, on remonte d'un seul trait jusqu'au sommet. Cette dernière montée
est assez fatigante, mais ça vaut vraiment la peine de faire cet aller-retour. Ce coteau calcaire composé de plantes si variées est sans doute un des charmes du littoral du nord. Le tapis végétal
se prolonge jusqu'à l'extrémité de la falaise, empreint de la douce vitalité de la flore. Le vent fort bat contre la terre semant le parfum estival des herbes aromatiques sauvages sur ce paysage
sec.
C'est bientôt la fin de la saison des floraisons. Aujourd'hui, les fleurs presque déteintes de l'été projettent leur dernière lueur sur ce sol blanc, sous les cris insistants des mouettes. Avec
ou sans soleil, le site est toujours enchanteur. Le Cap Blanc-Nez, cap parfumé par l'origan et le thym, s'imprègne d'une luminosité typique du nord. Douce, calme et agréablement
triste...

Une rue escalier grimpe dur la pente tout près de la plage de
Boulogne. C'est la Rue du Mâchicoulis dont le charme pittoresque a attiré jadis de nombreux artistes, entre autres Charles Dickens qui passa trois étés dans cette ville maritime. La petite
paroisse que les Boulonnais appelaient « La Beurière » s'animait autour de ce chemin. Un peu reculés dans la falaise, des matelots, des pêcheurs et leurs femmes et enfants, soit 1/3 de
la population boulonnaise, y habitaient entassés dans des maisons minuscules. Topographie accidentée peu pratique pour vivre... Mais le quartier bénéficiait de la proximité d'une anse qui formait
un petit port naturel.
Presque tout le quartier ayant été détruit lors de
la Seconde Guerre mondiale, les habitants d'aujourd'hui ne sont plus les descendants de ces familles de matelots. « La maison de la Beurière » que je visite, l'une des rares miraculées
ayant survécu aux 487 bombardements, est donc le dernier témoin de la tradition maritime populaire boulonnaise. Dès que je franchis la porte d'entrée, un peu difficile à ouvrir, s'étend un espace
modeste dépourvu de tout superflu.
Cet authentique logement de pêcheur construit en
1870 est tellement petit que, depuis le seuil, je vois déjà tout le rez-de-chaussée où vivait une famille composée des parents et de leurs enfants. Les étages étant occupés par d'autres familles,
il y avait presque 11 personnes cohabitant dans cette maisonnette. Chaque famille ne disposait que de deux pièces, celle de devant, servant à la fois de salon et de chambre, et celle du fond, une
sorte de « cuisine - salle à manger - chambre d'enfants »... Les objets quotidiens sont du strict nécessaire, 100 % utilitaires. Et l
La croyance occupait une place primordiale dans la
vie des marins-pêcheurs liée au perpétuel danger de la mer. D'ailleurs, les Boulonnais inscrivaient les noms des victimes des naufrages dans le cloître du
Calvaire.
En réalité, pour les matelots qui passaient d'une mer à l'autre, l
A
la Beurière, les gens vivaient pour survivre. La vie était ainsi pour tout le monde, entre les étagères du placard, à travers les filets de pêche suspendus partout ou autour de la fontaine qui
constituait le centre de sociabilité... A la différence de la haute ville bourgeoise, calme et inodore, ce quartier était constamment entouré de toute sorte de bruits d'activité et imprégné de
l'odeur, celle de poisson, de mer ou de vie tout simplement. Les enfants arpentaient les rues escalier omniprésentes dans ce hameau et dès leur très jeune âge, ils apercevaient le va-et-vient des
bateaux de pêche depuis la falaise avoisinante.
Sous le soleil brûlant, nous grimpons sur cette même falaise jusqu'au Calvaire, empruntant une rue sinueuse entre les maisons relativement neuves. A l'arrivée au sommet, la vue
se dégage et apparaît le Jésus en croix se dressant sur le point culminant de la colline. Les noms gravés dans le cloître sont innombrables... De l'autre côté de la Manche, on aperçoit la rive
blanche de l'Angleterre. Cette vue imprenable et splendide était sans doute la plus belle ayant appartenu à la Beurière, quartier disparu où les bruits, l'odeur et les couleurs variaient selon
l'humeur de la mer étendue sous les yeux...
Boulogne sur Mer, reposant sur l'estuaire de la Liane, entrevoyait, dès
l'antiquité, la chaîne blanche de falaise anglaise au-delà de la Manche. Cette cité portuaire, l'une des villes françaises les plus proches du Royaume-Uni, avait donc un lien très étroit et
perpétuel avec l'Angleterre. Ce sont d'abord des Romains, avides de conquérir la Grande-Bretagne, qui y ont installé un port militaire. Puis, en 1544, la ville a subi au contraire la domination
des Britanniques. Aussi, au début du XIXe siècle, Napoléon y a tenté sa chance en créant son camp militaire afin de débarquer de l'autre côté du détroit. Même si l'itinéraire Calais-Douvres est
aujourd'hui la plus utilisée des traversées outre Manche, on peut également atteindre, à partir de Boulogne, la ville anglaise située à 40km à peine.
La plage qui côtoie les ports industriels et de pêche n'est certes pas la plus charmante du pays, mais
en cette saison, la ville porte malgré tout une physionomie balnéaire, ambiance plutôt reposante du nord. Ici aussi, la cité a connu l'âge d'or au XIXe siècle grâce au boom des bains de mer. Sur
ses photos et peintures anciennes, on remarque ces scènes pittoresques du bon vieux temps, haut-fond rempli des cabines tirées par des chevaux à l'heure du bain. Beaucoup de visiteurs anglais,
mais aussi quelques Belges de temps en temps. Ce côté très accueillant vis-à-vis des étrangers est sans doute un des charmes de la ville. J'y ai passé moi aussi des moments très
agréables.
Depuis un recoin où j'atterris par hasard, je
retrouve déjà la tête hexagonale du beffroi qui se superpose aux maisons étroites et hautes se serrant les unes contre les autres.
Il suffit d'un peu d'imagination pour avoir l'impression d'y entendre les
cris perçants des enfants jouant sur les marches devant la maison, les appels animés du poissonnier qui passe proposer des moules, crabes et harengs tous les jours, et d'apercevoir, entre les
mailles du filet suspendu sur la façade, un court moment à terre des matelots qui vivent, la plupart du temps, sur le bateau et le quotidien affairé de leur épouse... En fait, je peux dire que ce
quartier inexistant est le lieu qui m'a le plus touchée à Boulogne. J'aimerais donc consacrer mon prochain billet à ses maisons, à sa rue escalier et surtout à la vie d'autrefois de cette terre
que je viens de découvrir ...
Tout d'abord, quelques tableaux de paysages, produits durant la période voyageuse de Kandinsky, où il
séjourne partout en Europe et en Tunisie en compagnie de sa petite amie Gabriele Münter, peintre expressionniste. Après tant de voyages aux endroits aussi différents, c'est finalement un retour à
l'origine, suggéré dans un air russe folklorique, qui sera sublimé dans ses créations importantes. Surtout « La vie mélangée », peinte en 1907 après leur arrivée à Paris, qui condense,
au pied du Kremlin, de multiples aspects de la vie populaire de son pays. Cette toile semble renfermer la douce nostalgie de l'artiste dans une atmosphère idyllique d'autrefois et les couleurs
lumineuses qui ressortent du fond sombre.
C'est ensuite une maison charmante achetée par Münter à Murnau, petite ville près de
Munich, qui accompagnera toute son époque munichoise (1908-1914), suivant les longs et nombreux voyages. Maison au toit rouge se dressant sur une belle colline entourée de la nature bavaroise. En
s'y installant, le peintre commence à s'activer intensément, notamment avec la formation du groupe « Le Cavalier bleu ». J'aimerais visiter un jour cette demeure de Münter ayant ainsi
attiré de nombreux artistes et écrivains, entre-autres le compositeur Schönberg. Le style de Kandinsky est empreint du fauvisme et de l'expressionnisme, et immortalise, dans ces coloris vifs, les
paysages de Murnau et d'une vie comblée.
Progressivement, ses couleurs et ses
lignes réclament leur indépendance, ce qui forme des éléments abstraits par-ci par-là. Pas encore vraiment les adieux définitifs aux objets, mais d'agréables mélanges du figuratif et de
l'abstrait...
La période qui s'ensuit (1915-1921), traversée par la Première Guerre mondiale et la Révolution
russe, est très mouvementée pour Kandinsky. L'éclatement de la guerre le ramène à sa patrie où sa productivité est en baisse considérable. L'époque est également marquée par sa séparation d'avec
Münter, sa fiancée qui a accompagné son chemin pendant 14 ans. De décembre 1915 au 16 mars 1916, ils passent ensemble, pour la dernière fois, 3 mois à Stockholm. Puis de retour à Moscou, le
peintre épouse Nina Andreievskaïa.
la « Compostion VIII »(1923), avec plus d'irrégularité, gauchissements et
souplesse.
Silence et tumulte. Ni haut, ni bas, ni droite ni gauche... Le cercle est fascinant. L'arrivée des
cercles sur sa toile établit l'équilibre dans son abstraction...
absolue 10 ans auparavant ? Ici je me rappelle les mots de Hokusai qui signait « le vieux fou de
dessin » : « à l’âge de cent dix ans, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant », même si Kandinsky mourut âgé de 78 ans :-).
Dans la forêt matinale d'Eifel, Montjoie se réveille tranquillement encore entourée du
brouillard et du silence. Cette petite ville allemande dans une vallée étroite se situe à peine à 5 km de la frontière belgo-allemande autour de laquelle s'étendent les prairies belges, «les
Fagnes ». Au nord, se trouve la ville d'Aix-la-Chapelle, et les Pays-Bas ne sont plus loin. A l'heure où ses toits d'ardoise argentés commencent à s'illuminer au soleil du matin, Montjoie
s'anime avec des touristes venant d'un peu partout qui se précipitent notamment autour des maisons à colombages s'immobilisant au bord de la Roer.
J'ai aimé me promener entre les vieilles maisons du XVIIIème siècle, dans un air frais juste
avant ces heures d'animation. Les chants d'oiseaux, le murmure de la petite rivière..., la ville semble me dévoiler alors un peu plus son vrai visage... Malgré la localisation frontalière, ici à
Montjoie, les bâtiments sont restés intacts pendant la Seconde Guerre mondiale. La ville préserve donc les paysages d'autrefois, féeriques et mignons. Mais on entrevoit une autre histoire, bien
étrangère à cette féerie, quand on pense que ce lieu a été utilisé par les Nazis comme une des bases lors de la contre-offensive allemande de la « bataille des
Ardennes »...
Le plateau des Hautes Fagnes belges, situé seulement à quelques kilomètres de là, est une
vaste prairie que j'adore pour mes randonnées. Au sud, les Ardennes sont embrassées par des forêts merveilleuses et fréquentées par les vacanciers notamment pendant l'été. Mais il y a 65 ans, ces
lieux étaient des théâtres de batailles sanglantes, Hitler, en tentant la dernière contre-offensive, les ayant impliqués dans la plus grande bataille de la Seconde Guerre mondiale entre les
Allemands et les alliés...
Entre ce passé tragique non lointain et l'actuelle ouverture de la frontière belgo-allemande,
devenue de nos jours si normale, je trouve que le progrès de la part de l'humanité est tout de même énorme malgré notre plainte sur la dégradation de la société d'aujourd'hui. Ouverture d'une
fenêtre. Je l'évoque personnellement comme une image de paix et, si je savais dessiner, je peindrais volontiers une fenêtre ouverte pour représenter mon aspiration. La fenêtre, la frontière...,
ce degré zéro est bel et bien là, mais en ouvrant son intérieur moite pour accueillir un vent frais, l'air passe et relie l'intérieur et l'extérieur. Si la Corée du Nord, aux volets clos, se
trouve plus proche de la guerre actuellement, je pense que l'attitude de l'Europe, avec ses fenêtres ouvertes renonçant à son ressentiment de l'histoire, tend vers une direction pacifique, quitte
à en payer un certain prix.
Bien sûr, on ne peut pas ouvrir la fenêtre dans n'importe quelle condition. Aussi, il est
impossible d'acquérir la paix ou la liberté sans sacrifice. C'est pourquoi je pense qu'il est encore un peu prématuré d'évoquer cette même aération en Asie, les obstacles à franchir étant
nombreux... Mais en même temps, il est vrai qu'il existe déjà un projet qui me fait rêver, « Le Tunnel sous-marin Japon-Corée », pour lequel je m'attend à ce que mon pays fasse un peu
d'efforts ! (même si la paix de la Péninsule coréenne en est une condition majeure...)
Je reviens à Montjoie... dont l'une des spécialités traditionnelles est la moutarde succulente
:-). Après avoir goûté quelques-uns des arômes différents proposés au magasin, nous nous sommes laissés tenter par la moutarde douce à la figue et par celle authentique et traditionnelle. Ces
deux pots en céramique ont amené un peu d'air frais de Montjoie jusqu'à notre cuisine de Tournai. Un petit plaisir, glissé dans mon quotidien par une « fenêtre ouverte »... J'aimerais
revisiter cette ville adorable au-delà de la frontière, quand ces pots de moutarde commencent à se vider...

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